Le 28 juillet 2026 – C’est une voix qui porte, et qui dérange. Le professeur Achille Mbembe, intellectuel africain de renom, sort de son silence pour commenter la crise qui secoue l’Afrique du Sud : une vague d’afrophobie qui cible les immigrés noirs, y compris de nombreux Congolais. Dans une interview sans concession, il rappelle que « nul ne vient au monde avec des problèmes individuels », et que la souffrance des uns est l’affaire de tous.
L’Ubuntu bafoué, le Bumuntu oublié
Connu pour sa pensée profonde, Achille Mbembe ancre son analyse dans les philosophies africaines. Il évoque l’Ubuntu, cette sagesse sud-africaine qui signifie « je suis parce que nous sommes », aujourd’hui piétinée par des violences aveugles. Face à cela, il convoque le Bumuntu, concept kongo qui distingue l’humain de l’animal par la reconnaissance de l’autre. « Chez les Kongo, le Bumuntu, c’est ce qui reste de toi en tant qu’homme », explique-t-il. Or, c’est ce lien d’humanité qui se brise dans les townships.
Des Congolais parmi les victimes
Les exemples sont douloureux. Un champion de boxe d’origine congolaise a été brûlé vif dans sa maison, attaqué par un groupe de Sud-Africains. Une commerçante congolaise, en situation régulière, a vu son salon de coiffure détruit, les émeutiers exigeant qu’elle cède la place à des « patrons autochtones ». Ces drames rappellent que la diaspora congolaise, qui contribue à l’économie locale, est en première ligne. « Ils retournent chez eux avec une seule valise », déplore le penseur, évoquant ces avions affrétés par des États africains pour rapatrier des ressortissants détroussés de tout.
L’autocotie, ou la haine de soi
Mbembe forge un néologisme pour désigner ce mal : l’autocotie, la haine de soi qui pousse un Noir à détester un autre Noir. « Quand un Noir déteste l’autre Noir, il se déteste lui-même », assène-t-il. Cette autocotie est le symptôme d’une élite déconnectée, qui court défendre la Palestine pendant que sa propre maison brûle. Une allusion au gouvernement sud-africain, critiqué pour son inaction face à la xénophobie.
Quel panafricanisme ?
Pour le chercheur, cette crise met en lambeaux l’idéal panafricain. Comment parler d’unité quand un Africain ne peut circuler librement sur le continent ? « Nous sommes devenus comme ces putois qui se repoussent car chacun reproche à l’autre de sentir mauvais », illustre-t-il, citant un proverbe kongo. Soixante ans après les indépendances, le rêve de Kwame Nkrumah semble bien lointain.
Et le Congo dans tout ça ?
Pour les lecteurs de Congo Focus, l’urgence est double : comment protéger les Congolais menacés en Afrique du Sud, et comment éviter que ce poison ne contamine notre propre pays ? La réponse tient en un autre adage : « Nul n’est à l’abri des vicissitudes humaines ». Achille Mbembe nous rappelle, en ce jour, que l’humanisme est un combat quotidien.
