Opération « zéro kuluna » : 138 assassinats et disparitions, un rapport accablant du CAD dénonce des crimes d’État

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Brazzaville, le 4 juillet 2026 – Un rapport explosif rendu public par le Comité d’Action pour le Développement (CAD) jette une lumière crue sur l’opération « zéro kuluna » menée par la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP). Entre septembre 2025 et avril 2026, l’organisation a documenté 166 cas de violations graves des droits humains, dont 72 exécutions sommaires, 56 disparitions forcées et 38 actes de torture. Ces chiffres, probablement bien en deçà de la réalité, dessinent le portrait d’une répression systématique qui a principalement frappé la jeunesse.

La majorité des victimes avaient entre 18 et 35 ans, selon le CAD. Les témoignages recueillis sont glaçants. Une mère de Brazzaville raconte : « Quelques minutes après l’arrestation de mon fils, j’ai entendu des coups de feu. J’ai perdu le contrôle, j’ai cru qu’on venait de l’abattre. Plus tard, des jeunes du quartier ont découvert un corps, mais ce n’était pas le sien. Mon fils est toujours porté disparu. »

Une opération aux méthodes brutales et arbitraires

Le rapport met en évidence des pratiques qui contreviennent aux principes fondamentaux de l’État de droit. Des détenus déjà sous contrôle judiciaire ont été extraits de prison pour être exécutés publiquement, sans procès, sous les yeux de magistrats impuissants. Les agents de la DGSP portaient systématiquement des cagoules pour garantir l’anonymat et l’impunité.

Le 26 octobre 2025, le Président de la République avait reconnu publiquement avoir donné l’ordre à la DGSP de rétablir l’ordre, ce qui a intensifié et élargi l’opération à d’autres villes. Le CAD relève également une dimension numérique inquiétante : les opérateurs Airtel-Congo et MTN-Congo ont diffusé des SMS incitant la population à dénoncer des présumés « kuluna » contre des récompenses allant jusqu’à un million de francs CFA. Les deux sociétés n’ont pas répondu aux demandes d’explications du CAD.

Une répression à géométrie variable

Autre fait troublant : l’opération s’est concentrée presque exclusivement dans le sud du pays, alors que le nord connaît pourtant des problèmes similaires de délinquance juvénile. Cette sélectivité géographique pose la question des critères ayant guidé cet usage disproportionné de la force.

Le CAD dénonce par ailleurs la défaillance des institutions : le Parlement n’a pas exercé son rôle de contrôle, la justice s’est montrée incapable de s’opposer aux exactions, et la Commission nationale des droits de l’homme est restée silencieuse.

Appel à la justice et à la réparation

Face à ces « crimes d’État », le CAD exige l’arrêt immédiat de l’opération « zéro kuluna » et son remplacement par une action sécuritaire légalement encadrée. Il réclame la mise en place d’une commission d’enquête judiciaire indépendante, un mécanisme de réparation pour les familles des victimes, ainsi qu’un soutien psychosocial pour les proches traumatisés.

L’organisation appelle également les partenaires internationaux du Congo à user de leur influence pour que justice soit rendue et que de tels agissements ne restent pas impunis. « Fermer les yeux sur ces crimes reviendrait à accepter un précédent dangereux, capable de faire vaciller ce qui reste de la confiance publique », prévient le CAD.

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